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D'un point de vue technique, il y a de très beaux défis dans la création de jeux

Sacha Viltofsky

Directeur des technologies

Salut Sacha,

L’industrie du jeu, pourquoi? Explique-nous ton parcours pour atterrir ici.

De 2003 à 2006, je travaillais en art robotique avec Eric Raymond, un artiste et prof à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM. C’était super stimulant et intéressant, l’horaire était super flexible mais côté finance c’était plutôt instable dû à la dépendance aux bourses de recherche. À un certain moment, j’ai commencé à envoyer des cv et Gameloft m’a contacté le lendemain. J’ai passé l’entrevue et j’ai eu la job. Trois mois plus tard, l’action de l’entreprise a chuté en bourse et ils ont viré le tiers des employés. Heureusement pour moi, j’ai fait partie du lot et j’ai quitté avec une prime de départ et une lettre de recommandation. Quelques semaines plus tard, j’étais embauché chez Ubi sur le projet Assassin’s Creed. À ce moment-là, j’avais une autre offre pour aller en télécommunication, mais je m’étais juré d’éviter à tout prix la cravate et la tour à bureaux… et Ubisoft était tout près de chez moi! Les années et les projets ont passé (Assassin’s Creed 1-2-3, 1666 Amsterdam, Watch Dogs, Rainbow Six Siege) et c’est en 2015 que j’ai joint l’équipe de Panache Jeux Numériques.

Quel est ton rôle actuellement chez Panache?

Je suis responsable de la technologie. C’est un mandat assez large qui consiste à assurer le bon fonctionnement de l’infrastructure matérielle et logiciel de la boite. Je suis également responsable de l’architecture logicielle de notre jeu et du pipeline de production. Ça consiste également à appréhender et minimiser les risques technologiques en plus de forger une vision technologique à long terme pour Panache Jeux Numériques.

Au-delà de la description, je dirais que c’est de coacher et de m’assurer d’être entouré de gens qui excellent dans leur métier respectif et qui me permettront de prendre ma retraite rapidement :) Panache a vraiment une équipe de feu!

Qu’est-ce que tu trouves le plus facile dans ton métier?

Expliquer à un développeur la solution à un problème que j’ai vu 100 fois.

Qu’est-ce que tu trouves le plus difficile dans ton métier?

Laisser un développeur trouver par lui-même la solution à un problème que j’ai vu 100 fois.

Quels seraient tes recommandations pour quelqu’un qui débute dans l’industrie?

Il y a beaucoup de créativité dans le domaine du jeu. On a souvent tendance à voir son travail comme une petite œuvre très élégante. C’est super gratifiant lorsque nos trucs fonctionnent bien. Par contre, il suffit parfois d’un simple événement pour venir tout foutre en l’air et ça peut venir de n’importe où. Une revue externe, un changement de design, une contrainte technique, des résultats de playtests ou un changement dans les dates de livraison. Ça fait partie de la production d’un jeu. Laisser son égo de côté, favoriser la simplicité, accepter la critique et travailler pour le bien du jeu sont probablement les meilleures recommandations que je puisse faire. Tout ça dans le but d’avoir du fun en équipe!

En ce moment, tu joues à quoi?

Pour le moment je joue à Civilization 6 sur PC. Ma liste de jeux en attente commence à s’allonger: The Last Guardian, Horizon Zero Dawn et j’ai hâte de voir le prochain Red Dead Redemption! Ceci dit, avec 2 ti-culs en bas âge à la maison, le temps de jeu est à son minimum et les moments alloués au divertissement s’orientent davantage vers des séries Netflix que je regarde avec ma douce :)

Qu’est ce qui t’attire dans les jeux?

Initialement c’était la possibilité de faire de l’intelligence artificielle. Mais avec le temps, les raisons ont changé et c’est maintenant un mélange de plusieurs choses: le côté multidisciplinaire du jeu, la désinvolture du métier, le bordel inhérent à la dualité création/technique et le plaisir de voir des millions de personnes s’amuser avec le résultat de notre travail. Aussi, d’un strict point de vue technique, il y a de très beaux problèmes qui demandent à pousser continuellement nos connaissances.

Outre le jeu, qu’est ce qui te branche?

En tout premier lieu je dirais la musique. Je m’intéresse vraiment à tous les styles. Mon calendrier de spectacles est plein pour les six prochains mois. Je joue de la musique depuis que je suis ti-cul, mais ces dernières années, mes instruments ont tendance à prendre la poussière car le boulot et les enfants ont pris le dessus.

Sinon mes sorties culturelles sont assez variées. Je viens de voir Caligula de Camus au théâtre, je suis allé à New York visiter des musées durant les fêtes et j’ai trippé à voir un show de danse contemporaine avec GSYBE l’an dernier. La gastronomie aussi me branche pas mal car donner un orgasme gustatif à des gens est selon moi un grand art!

Et dans le domaine du sport?

En ce moment, ça consiste surtout à monter la côte de Sherbrooke avec ma poussette double pour aller marcher au Jardin Botanique. Mais dans une autre vie, j’aimais bien le hiking et le ski alpin. Sinon la raquette et la marche en forêt avec la marmaille me plaisent bien.

Quelles sont tes réflexions sur le jeu?

C’est une forme d’art au même titre que le cinéma, la musique ou les arts visuels. Ce qui en fait quelque chose de particulier c’est le mélange entre le côté interactif, la durée et de la fréquence d’exposition. Une autre particularité c’est que c’est une nouvelle forme d’art qui évolue très rapidement. Dans l’absolu, cela fait à peine une génération que ça existe.

Tout ça pour dire qu’à plus grande échelle, nous en sommes encore aux balbutiements et que tout bouge très vite. Les blockbusters créés par des équipes de plusieurs centaines de personnes existeront toujours. Des jeux dans lesquels tu peux à la fois faire voler avec une voiture, tuer des méchants et jouer aux échecs. J’espère toutefois que l’avenir du jeu est ailleurs : là où l’expérience est plus focus et où elle propose une réflexion plus profonde.



Et pour terminer:

Ton plat préféré?

J’en ai plusieurs en fonction du type de cuisine, mais c’est certain que de la joue et des ris de veau bien préparés me rendent très heureux.

Tes endroits préférés à Montréal?

Je vis dans Hochelaga-Maisonneuve et j’y ai découvert le splendide Jardin Botanique en me baladant avec mes enfants. Autrement, dans le coin il y a le Trèfle pour la bière, le Valois pour sa bouffe simple et sa jolie carte de vins. Il y a bien entendu les épiceries: le Capitol pour la viande, l’Odesssa pour le poisson, le Milano pour les pâtes et l’Anatol pour les épices…

Ton fond d’écran?

Noir.

Ton moment favori de la semaine au bureau?

C’est clairement le jeudi. C’est souvent le moment où nous allons manger en équipe dans un bon resto sur l’heure du lunch, idéalement de la cervelle à l’Express avec un verre de pinot noir. Il y a également les moments où je prends une heure pour jouer une version du jeu, que je mets les problèmes de production de côté et que je me rends compte qu’on fait un jeu qui torche avec une toute petite équipe! C’est très satisfaisant.

Ton équipe de hockey?

Go Habs Go!

Qui a eu le plus d’influence sur toi professionnellement?

J’ai eu plusieurs mentors au fil du temps. En partant d’un excellent pédagogue au Cégep en passant par un prof maniaque d’excellence à l’université et culminant vers une myriade d’excellents programmeurs côtoyés chez Ubisoft. Mais dans l’absolu, je dois dire que les 10 années passées à travailler avec un certain Mark Besner ont grandement influencé ma façon de travailler. Un grand monsieur. On pourrait même dire un gros monsieur :)

Le meilleur conseil qu’on t’a donné?

Apprends à dealer avec l’incompétence ou change de boîte et va dans un petit studio.

Merci Sacha!